Big Fernand ou quand trop de marketing tue le marketing


 Big Fernand ou quand trop de marketing tue le marketing



Centre-ville de Montpellier samedi dernier sur les coups de midi. Chaleur printanière. Grosse flemme familiale et le chien à caser. Suffisamment de mauvais prétextes pour choisir de se bâfrer un burger en terrasse. Hasard de nos pas, on tombe sur l'enseigne Big Fernand, inconnue au bataillon jusqu'alors. Bon choix ! Moi qui pensais en avoir déjà vu pas mal question concepts, je n'imaginais pas que j'allais bientôt toucher au grandiose dans le rôle du bozo de service.

Pas même le temps de me caler à table que deux ou trois hôtesses accortes me bloquent à l'entrée de la terrasse. Client docile, j'intègre la file d'attente derrière deux piquets chromés genre restau traditionnel où tu dois poireauter avant qu'une table se libère.  Ni une ni deux, une jeune fille portant une casquette volée à mon grand-père m'expose la philosophie du lieu en pointant son doigt sur la carte, rien que ça. Si je croyais pouvoir m'avaler un burger vite fait bien fait comme un gros sale, c'était mort. En forme de préambule, elle se charge de m'instruire : ici on sert exclusivement des am-bur-gés. Gné ?? 
C'est le soleil du Midi qui tape trop fort ou j'ai bien entendu. Elle en remet une couche en m'expliquant que les frites ne sont plus de vulgaires frites, mais des  "fernandines" au paprika. Poésie quand tu nous tiens.  Menu en main, je constate que je vais bouffer un burger… pardon, un am-bur-gé dont la spécificité provient du fromage disposé sur la bidoche. Ce sera de la tome (de Savoie ?) ou de la fourme d'Ambert. Whaou ! Je crois que je viens de piger. Ce sont ce genre de petits détails bien pensés qui font l'énorme différence avec la concurrence aux couleurs américaines. Il y a aussi des herbes presque sauvages, des pains maison tellement mieux que des pains pas maison, bref que du bon, que du bien de chez nous.




Autre exemple probant. Chez Big Fernand, le client ne va pas bêtement commander et se faire servir sa bouffe au comptoir. Non, tu passes d'abord ta commande auprès de la serveuse pour ensuite payer à l'intérieur et récupérer tes plateaux garnis au comptoir. Du coup, je me suis dit que la différence était somme toute, assez subtile. Tout bien réfléchi, le concept de ce fastfood à la française serait une sorte de version hybride du Mac Do et du bon vieux restau de quartier.
Mais "Big Fernand" va réserver d'autres surprises au béotien que je suis. Passée l'entrée, je tombe sur LE chef debout derrière son fourneau. Il m'apostrophe aussitôt sur un ton qui se veut tout à la fois familier et commercial (une gageure). Le gars est tellement cool qu'il s'adresse à moi dans un vous qui parvient à me dire tu. En fait, le bougre veut connaître la cuisson de la viande de mes am-bur-gés. Grace à mon cerveau désormais en éveil, je lui réponds "à point" sans grand risque de me tromper car je ne vois pas trop comment, il va composer entre le bleu, le saignant, le "à point" et le cramé-s'il-vous-plait avec un steak guère plus épais qu'une tranche de salami. Passons, c'est certainement l'intention qui compte. Voilà qu'il se retourne vers un obscur commis pour lui ordonner de vive voix de cuire mes steaks "à point". Tant est si bien que l'espace d'un instant je me suis cru dans le saint des saints, je veux dire par là, dans la cuisine d'un grand restaurant. Et puis il a bien fallu payer avant de pouvoir toucher au graal. C'est à ce moment précis que j'ai réalisé à quel point un concept d'une telle originalité a un coût et surtout… un prix. En gros, pour 15 euros tu as droit à un authentique am-bur-gé, une poignée de frites qui se laissent manger et un blabla un peu indigeste accompagné d'une superbe casquette à carreaux.
Mon (E)xpérience ne s'est pourtant pas arrêtée là. Toutes les deux minutes un gars ou fille sont venus me demander "si tout allait bien". Heu ! Oui, oui, merci. Plus tard, on me proposera même des rince-doigts, touche de sophistication salutaire pour un pourceau tel que moi qui mange son am-bur-gé avec ses mains pleines de doigts tout cracra.
Big Fernand, j'ai donné. Probablement pas assez sensible à la sophistication de l'endroit, je ne suis pas certain de vouloir re-donner. Toutefois, s'il y en dont je ne doute pas qu'il remettrait bien ça, c'est mon chien.
Ce cabot a adoré glisser sa truffe sur la table pour observer tout ce cirque d'un œil goguenard.




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